Elles innovent, elles inspirent, elles font bouger les lignes.
Solveig Azaïs, Patricia Cadaval Pascual et Angela Franco Daza figurent parmi les candidates de la première édition du Prix des Femmes de l’Aéro et du Spatial, organisé par le GIFAS et le Journal de l’Aviation, qui célèbrent celles qui contribuent, chaque jour, à faire grandir notre filière.
Trois parcours, trois visions complémentaires d’une même ambition : construire une aéronautique plus inclusive, plus performante et plus durable.
Solveig Azaïs, Analyste Data, candidate dans la catégorie « Jeune Talent ». À seulement 27 ans, Solveig incarne cette nouvelle génération qui place la data au cœur de la transformation industrielle.
Tu as mené un projet majeur de transformation du pilotage qualité chez Latecoere. Peux-tu nous en dire plus ?
J’ai piloté le développement d’une application de suivi des coûts de non-qualité pour l’ensemble du groupe. Cet outil intégré offre une vision consolidée par usine et par programme, assure la traçabilité des impacts sur le P&L, détecte les tendances et les fragilités transverses, et identifie les leviers d’action. C’est un véritable système d’aide à la décision qui propose des solutions concrètes. Dans l’aéronautique, la qualité est notre leitmotiv, et la donnée n’est pas administrative mais opérationnelle. Ce projet a instauré un langage commun et renforcé notre culture qualité en donnant aux équipes les moyens d’agir efficacement.
En quoi ton parcours peut-il inspirer d’autres femmes dans le secteur ?
Je navigue à la croisée de deux univers encore très masculins : l’aéronautique et la data. À 27 ans, je démontre qu’on peut porter des projets stratégiques de bout en bout sans être une experte technique, en misant sur la responsabilité, l’écoute et la collaboration. Être à l’aise avec ce que l’on ne sait pas permet d’apprendre plus vite et de créer davantage de valeur. Si cela inspire d’autres femmes à se lancer sans être « parfaitement » formées ou expertes du sujet, j’aurai atteint mon objectif.
Comment perçois-tu l’évolution du rôle des femmes dans le secteur ?
La présence des femmes dans l’aéronautique progresse, mais de façon inégale. Dans la tech, les stéréotypes techniques persistent. Il faut valoriser des compétences variées – communication, vision produit, coordination – pour attirer davantage de talents à l’interface technique-métier. Avec la montée de l’IA, cette capacité à faire le pont entre métiers et technologie devient essentielle. L’action en amont est cruciale : sensibiliser les jeunes, déconstruire les clichés et leur offrir des modèles concrets.
Quel message souhaites-tu adresser aux jeunes filles qui envisagent une carrière dans ces domaines ?
N’hésitez pas ! L’aéronautique est un secteur riche et varié. Parce que l’avion est un produit complexe, les métiers sont eux aussi très variés. Il existe une place pour chaque profil – celles qui aiment la théorie, celles qui préfèrent la pratique, celles qui excellent en communication. Et en ce moment, le secteur fait face à des défis majeurs, notamment environnementaux, qui demandent de la créativité, de l’innovation, des regards neufs. C’est le moment idéal pour rejoindre l’aéronautique.

Patricia Cadaval Pascual, Responsable Programmes, Contrats et Partenariats Innovation chez Latecoere, est candidate dans la catégorie « Innovation & Recherche ». À travers son parcours et ses projets, elle incarne une conviction forte : l’innovation est un moteur essentiel de la transition environnementale.
Tu pilotes plusieurs projets d’innovation pour Latecoere. Qu’ont-ils tous en commun ?
Ils traduisent une même ambition : faire de l’innovation un levier concret de transformation durable. Mon rôle consiste à fédérer les énergies — équipes internes, partenaires industriels, acteurs publics, laboratoires — autour d’une vision commune : réconcilier performance, durabilité et valeur ajoutée. Dans notre secteur, l’innovation n’est jamais l’œuvre d’un seul acteur. C’est une aventure collective et partenariale, où chaque expertise compte. Je veille à ce que chaque projet s’inscrive dans cette dynamique collaborative et contribue à nos objectifs technologiques, industriels et environnementaux. »
Tu es diplômée en sciences de l’environnement et responsable innovation dans un groupe aéronautique. Quel fil conducteur relie ces deux univers ?
J’ai toujours cherché à faire dialoguer la technologie et la durabilité. L’aéronautique vit une transformation profonde : il faut inventer des solutions plus sobres, sans compromis sur la performance. Mon parcours en environnement m’a appris à penser de manière systémique — à considérer l’ensemble du cycle de vie et des impacts d’une innovation. Cette approche me guide au quotidien dans le pilotage des projets innovants.
Comment ton parcours peut-il inspirer d’autres femmes du secteur ?
« Je souhaite montrer qu’une femme peut porter des projets techniques et stratégiques tout en y intégrant une vision responsable. Il ne s’agit pas de revendiquer une différence, mais de montrer que nous pouvons enrichir les débats avec une approche rigoureuse, ouverte et engagée. Les femmes apportent souvent une sensibilité accrue aux enjeux environnementaux, sociaux et humains — et cette sensibilité est une force stratégique dans un secteur en mutation. Nous devons normaliser cette présence féminine dans les débats technologiques et les instances de décision. »
Quel message aimerais-tu adresser aux jeunes femmes qui rêvent d’innovation et d’aéronautique ?
Ne doutez pas de votre place. Vous n’avez pas à vous conformer pour être légitime. L’industrie a besoin de votre regard, de vos idées et de votre audace pour construire une filière aéronautique plus durable, plus inclusive et plus ambitieuse.

Angela Franco Daza, Responsable Industrialisation & Devis – Spatial, candidate dans la catégorie « Enseignement & Transmission ». Son parcours montre ce que veut dire former avec engagement, transmettre avec exigence et partager, toujours, la passion du spatial.
Quel projet spatial a marqué votre parcours ?
L’un des projets les plus marquants a été la direction technique et pédagogique d’un programme de nanosatellite développé en partenariat entre Latecoere et le Space Center of the University of Montpellier (CSUM). J’y ai encadré une équipe internationale et pluridisciplinaire, composée de jeunes ingénieurs, stagiaires et alternants. Je les ai accompagnés dans le design, la fabrication, l’intégration et les tests du nanosatellite selon les standards spatiaux. Ce projet représentait une véritable passerelle entre le monde académique et industriel. Il associait rigueur technique, innovation et formation des nouvelles générations d’ingénieurs du spatial.
Comment contribuez-vous à former celles et ceux qui construiront le spatial de demain ?
Depuis 2020, j’enseigne au Mastère Spécialisé Développement de Systèmes Spatiaux de l’Université de Montpellier et du CSUM, auprès d’étudiants internationaux. J’encadre leur montée en compétence sur les aspects techniques et méthodologiques. J’ai également conduit des programmes de transfert de connaissances dans des équipes d’opérateurs satellites, en veillant à favoriser l’inclusion des femmes. En parallèle, je publie des articles de vulgarisation scientifique pour susciter des vocations. Toutes ces actions traduisent ma volonté d’ouvrir la voie à une nouvelle génération d’ingénieurs du spatial.
Comment voyez-vous l’évolution du rôle des femmes dans le secteur ?
La visibilité des femmes progresse et les entreprises s’engagent davantage pour la mixité. Mais des freins persistent : des stéréotypes encore présents, trop peu de modèles féminins, et des politiques parentales qui créent parfois un déséquilibre dans les carrières. Pourtant, le contexte actuel offre des opportunités inédites : travail collaboratif, montée des enjeux sociétaux, valorisation des compétences transversales… Le secteur pourrait devenir pionnier en matière de parité, en adoptant des politiques innovantes.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles qui rêvent d’aéronautique ou de spatial ?
Osez. Faites confiance à vos talents et à votre curiosité. Le chemin peut être exigeant, mais vous ne serez jamais seules : des réseaux, des mentors et des initiatives existent pour vous accompagner. Avancez à votre rythme et ne vous imposez pas la pression de devoir tout prouver. Les défis techniques peuvent aussi être source de satisfaction et de croissance. Votre regard, votre créativité et votre engagement contribuent à construire un secteur plus ouvert et diversifié.
Rendez-vous début décembre pour la révélation des lauréates du Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial.